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HostageBillie Eilish
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PHOENIX - 1 : Origine




Partie 1 : Origine


Provenant de Créateur, mon essence fut assignée à une petite planète dont les prophéties divines prédisaient de grandes choses. Mon énergie divine ayant été créée uniquement dans le but de protéger cet agrégat de roches stellaires, je fus le seul et unique observateur du développement de cette planète. J’ai ainsi donc été le spectateur de la naissance de la première forme de vie. Cette petite cellule, apparue peu de temps après que le bombardement de météores n’ait cessé, fut ma première protégée. Enfin, après des millions d’années, la prophétie débutait. Les âmes assignées à cette planète pouvaient enfin y descendre et commencer leur chef-d’œuvre.

— Ô Créateur, mon œuvre est achevée : en quoi puis-je servir vos plans pour l’Univers ?, clamai-je.

Mais mon message n’eut jamais de réponse. Peut-être s’était-il perdu dans le vide intersidéral. Peut-être Créateur ne l’avait-il pas entendu. Peut-être n’avais-je pas entendu la réponse. Alors, je réitérai. Plusieurs fois. Mais toutes mes tentatives furent vaines. N’étant qu’une essence placée ici avec pour mission de surveiller ce bout de roche perdu dans l’immensité cosmique, je ne connaissais rien, si ce n’était la prophétie et le rôle que j’avais à y jouer. De cette ignorance totale, je ne savais pas où était mon refuge. Les âmes avaient un refuge, elles.

— Et pourquoi pas moi ?

— Tu es un Phoenix : tiens ta mission à cœur et tu trouveras ton refuge.



Des années et des années passèrent depuis ce message porteur d’espoir. Combien de temps exactement s’était écoulé depuis ce jour ? Sûrement des milliards de milliards de milliards de milliards de secondes. La planète placée sous ma surveillance se métamorphosait sous mon regard admiratif. Les roches en fusion, atteignant une très haute température, débutèrent leur cristallisation et la vie que j’ai vu naître commençait à s’étendre. Le temps s’écoulait lentement et avec lui, la planète se refroidissait. À la suite de ce refroidissement, un phénomène magique se produisit : la planète commença à se teinter de couleurs. Le bleu fut la première et engloba une majorité de cet amas de roches encore tout jeune. En encore quelques millions d’années, les âmes prises dans la gravité de cette planète commencèrent à y descendre, de plus en plus nombreuses. Mais alors que des nouvelles âmes y descendaient, d’autres en remontaient et, avant que je pusse leur demander où elles s’en allaient, elles disparaissaient mystérieusement. Jamais je ne revis une âme qui s’échappait de mon petit bout de roche cosmique. Les tenants et aboutissants de ma mission ne se dessinèrent à mon esprit que des millions et des millions d’années plus tard. La vie, sous une forme plus complexe, se dressait : les organismes pluricellulaires. Se posa alors à mon esprit une question : sont ces organismes pourvus d’une ou plusieurs âmes ? Quoiqu’il en fut, le nombre d’âmes gravitant autour de ma planète attitrée ne semblait diminuer : Créateur en rajoutait-il à chaque fois qu’une s’en allait le rejoindre ?



Alors que mon éternité s’imposait à moi comme une fatalité sans issue, ma planète continuait de changer au fil du temps : les terres dérivaient, se heurtaient, donnant naissance aux premiers continents et l’océan primitif voyait une forme de vie encore plus poussée que les êtres pluricellulaires : l’ADN se sépara du reste et les cellules à noyaux -eucaryotes- naquirent. Ici encore, la question d’une ou plusieurs âmes pour un être pluricellulaire me taraudait toujours. Mais devant l’infinité des âmes associées à la gravité de ma planète protégée, je cessai vite de me poser la question ; j’étais un protecteur immortel, destiné à vivre seul. Si seulement il existait d’autres entités comme moi. Pourquoi la vie de ma planète avait-elle le droit d’interagir avec des semblables, tandis que je devais la surveiller seul ? Depuis le message de Créateur, il y a maintenant plusieurs millions d’années, je ne m’étais plus adressé à lui : à quoi bon demander lorsque je sais pertinemment que je n’aurai aucune réponse ? J’étais assigné à cette planète et j’y resterais pour l’éternité. Seul.

— La vérité t’est cachée pour ne pas te détourner de ton rôle.

— Mais, j’ai besoin de cette vérité ! Pour me porter espoir !

Hélas, je me confrontai au silence angoissant de l’Univers. Quelle est cette vérité ? N’étais-je donc pas seul ? Y en a t-il d’autres des… des comme moi ? Des isolés ? Sciemment perdus par Créateur ?


Les années ne se comptaient plus ; ni milliers, ni en millions, ni en millions de millions. Une quantité astronomique de zéros s’enquillait à la suite, sans pour autant me donner plus de renseignements sur la finalité de la prophétie divine, à laquelle je devais mon origine. La vie, telle que je l’ai vu apparaître, n’est plus la même. La petite cellule, ma première joie en ce cosmos effrayamment hostile, n’était plus. Et ce, depuis nombres d’années. À présent, les âmes descendaient toujours en masse, mais moins densément. En effet, après des millions de millions d’années à se présenter sous la forme de cellules indépendantes ou de colonies, la vie se diversifiait. Les terres se teintaient de vert et, dans le sillage laissé par toute cette verdure, les premiers animaux colonisaient la planète. Qu’ils furent aquatiques, terrestres, ou même les deux, cette évolution m’apporta la réponse à ma question ; les êtres pluricellulaires sans noyau possédaient plusieurs âmes tandis que l’âme d’un être eucaryote se divisait et restait jusqu’à la mort inévitable de la dernière cellule issue de ce regroupement.



En quoi suis-je nécessaire au bon fonctionnement de ce gros caillou stellaire ? Les âmes y descendaient et en repartaient après, pour les plus chanceuses, quelques années passées en bas. La nature était encore vierge de tout traces de pollution. Les animaux, bien que sous développés intellectuellement, et les plantes vivaient en parfaite harmonie. La parole n’existait pas et pourtant, tous les êtres vivants se comprenaient. Une sorte de symbiose totale. Les terres émergées continuaient de dévier à leur bon vouloir, façonnant des nouveaux territoires. Et, de ces nouveaux territoires, naquit la diversité. Cependant, alors que la planète baignait dans la béatitude la plus totale, un événement dramatique changea le cours de l’histoire de cette planète et des âmes y vivant. Les océans perdirent une grande quantité de leur chaleur et devinrent impropres à la consommation. Cette baisse de température entraîna une extinction massive : une énorme partie de la diversité périt. Mon cœur s’en brisa.


Après de nouveaux millions d’années, la vie recommença à foisonner sur ma planète. Malheureusement, et malgré l’absence de pollution, la parfaite harmonie prit fin. En peu de temps, la vie s’éteignit. Une question datant de peu de temps avant la première extinction de masse me revint alors : en quoi suis-je indispensable ? Je n’ai le contrôle ni sur les âmes qui descendent vivre ni sur celles qui s’en réchappent. Aussi, après ces quelques milliards d’années, l’infinité des âmes gravitant autour de ce rocher cosmique restait, hélas, infinie. Une nouvelle sensation s’empara de mon essence. L’inverse de l’espoir. Ce même espoir qui m’habitait, qui me faisait soutenir l’idée qu’un jour je trouverai mon refuge, me quittait peu à peu, laissant place à la peur. La peur de l’éternelle solitude. De plus, la vie, que je devais protéger à tout prix, fut chamboulée encore et encore et encore. La disparition suivie du retour de la vie m’exaspérait : combien de temps encore vais-je réussir à endurer tout cela ?

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