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PHOENIX - 3 : Incarnation



Partie 3 : Incarnation


Étais-je en train de faire une erreur ? Peut-être n’avais-je pas le droit d’interagir avec les humains. Peut-être ne devrais-je pas car, même si l’humain est fascinant, il peut être vraiment horrible avec ses congénères. Je n’avais que trop eu l’occasion de voir une âme placée sous ma protection repartir trop tôt vers Créateur. En même temps, je n’avais reçu aucune directive de Créateur, concernant mon interaction avec la vie hébergée par cette planète. Était-ce normal pour moi, une essence divine, d’éprouver tant de curiosité quant à la création qu’était l’humain ? Après tout, j’étais un être éternel, sans échappatoire pour un monde meilleur : que pouvait-il m’arriver de pire ? Alors, dans un élan de désespoir et de fascination, je répondis à la voix me proposant un vecteur :

— Je réponds à l’appel !


Immédiatement, je pris possession d’un corps vivant. Étais-je un humain, ou m’avaient-ils piégé dans le corps d’un autre animal ? J’ouvris les yeux et contempla la vision qui s’offrait à moi : je sentais le poids de mon corps, comme si mon essence possédait une gravité. Deux bras, se terminant par une main chacun, deux jambes, un tronc, mais…où était ma tête ? Je paniquai. Mais une évidence, qui ne l’était pas après des milliards d’années à vivre sous une forme éthérée, me percuta : les yeux sont incrustés dans la tête. Il était donc normal que je ne pusse contempler ma tête. La panique descendit d’un cran ; j’étais un humain. Partout autour de moi, d’autres humains. Je voulu m’avancer vers eux, sentir la chaleur contre mon corps, mais il m’était impossible de faire quelconque mouvement. Complètement paralysé, la crainte revient aussi vite qu’elle avait disparu. Étais-ce parce que je ne savais comment faire ? Ou bien une sorte de restriction imposé par mes invocateurs ? Je ne devais en aucun cas leur montrer que j’étais totalement déstabilisé. S’avança à moi un humain, paré d’une coiffe de plume sur la tête. Deux proéminences sur sa poitrine m’intriguait : je n’en avais pas, moi. Alors qu’elle s’avançait, il fallait que je fasse quelque chose, que je leur rappelle que je suis une essence divine, qu’il fallait, non pas me craindre, mais du moins, me respecter.

— Ô humain. Ne t’approche guère de moi !

Il s’arrêta net. Derrière lui, une horde d’autres humains. Tous avaient la peau foncée, maculée de je ne savais quelle substance de couleur. Il y en avait de toutes sortes : des grands, des petits, certains avec des proéminences, comme l’humain se dressant devant moi, et d’autres sans. À mes mots, tous se plaquèrent au sol, le front collé par terre. Un étrange silence nous engloba. Calmement, je fis pivoter ma tête de droite à gauche, afin de mieux saisir où je me trouvais.

— Où suis-je ? Comment m’avez-vous trouvé ? Pourquoi ne puis-je bouger ? Et qui êtes-vous ?

— Ô grand Phoenix, ne nous en veux point. Nous ne sommes que de simples mortels désirant en savoir plus sur leurs origines.

Mortels ? L’humain était-il donc au courant de sa propre éphémérité ? Avait-il réussi à conquérir, non pas seulement son environnement, mais aussi, son propre esprit ?

— Nous allons donc répondre à tes questions, en espérant que tu voudras bien nous éclairer en retour. Tout d’abord, nous voulions te souhaiter la bienvenue sur la planète. Je suis la Prophétesse. Nous avons eu vent de ton existence par nos ancêtres qui t’avaient contacté, il y a des années maintenant. Si tu ne peux bouger, c’est à cause d’une barrière que nous avons dressée : comme tu le sais, le Bien et le Mal s’affrontent depuis la nuit des temps et…

— Je me permets de vous arrêter, ô Prophétesse ; jamais il n’y a eu de conflits entre le Bien et le Mal. De par ailleurs, ces deux mêmes notions n’existaient pas avant votre arrivée sur ma planète.

Ma réponse avait jeté un froid dans l’assemblée ; je devais sûrement perturber leurs croyances. En avais-je le droit ? Qu’importe ce qu’il en était : j’avais parlé et il était trop tard pour rattraper mes mots.


Je m’étais montré, incarné dans un mortel, et eus une discussion avec la vie de ma planète. Mais plus jamais je le devrais. Et c’était fort dommage. Non. Je refusais de m’attirer les foudres de Créateur. Il me semblait qu’il n’y avait rien de mal dans la curiosité ; je m’étais lourdement trompé. La curiosité était malsaine. Créateur avait dit de prendre cette mission à cœur : pas d’en faire une affaire personnelle. Et pourtant… et pourtant, je n’arrivais pas à m’enlever le battement de mon cœur : un son réconfortant, une sensation de pulsation, un rythme à battre. Et ces fourmillements dans le doigts et les pieds : irritants ! Mais, ce cœur… comment parviendrais-je un jour à l’oublier ? Comment...

Quelques temps passèrent, vraiment très peu, même si mon échelle de temps était plus cosmique, et je me trouvais toujours sans appel du monde baignant dans mon énergie. Peut-être leur avais-je fait peur ? Peut-être me jugeait-il trop dangereux ? Peut-être avait-il volé mon immortalité ? Je devais arrêter de psychoter et connaître la vérité vraie.


— Prophétesse ! Entendez-vous mon appel ?

Par mon essence, je savais exactement comment localiser la position de ce mortel. On ne peut échapper à une âme si sensible. Je ne savais nullement si elle avait reçu mon message. Avais-je fait ça comme il le fallait ? À vrai dire, je ne sais pas contacter les autres, l’exception de Créateur, mais qui est une entité sur le même plan que moi. Et encore, je n’étais pas certain que cela provenait de ce fait. Y avait-il une formule, un protocole pour entrer en communication ? Bien qu’un peu réfléchi, mon plan s’apparentait plus à un appel au secours qu’une volonté de bien faire.

— Je réponds à ton appel, ô Phoenix !

— Arrangez vous pour je puisse venir parmi vous dans les plus brefs délais.

— Tes désires sont des ordres, ô Phoenix.

— Ah ! Et, Prophétesse… assurez vous de votre solitude.

En peu de temps, Prophétesse put m’apporter le même corps que ma première incarnation et ainsi entamé une discussion, entre esprit ouverts.

— Que portez-vous à votre cou ?

— Des amulettes. Chacune possède sa propre spécificité. Voudrais-tu que je t’explique ?

— A vrai dire, Prophétesse, je ne pense pas que nous jouissions d’autant de temps que nous le aimerions.

Un mal me prit dans le tronc. Que se passait-il ? Avait Prophétesse empoisonner le corps de ce pauvre humain avant que je ne m’y incarne ? Les battements de mon cœur s’intensifiaient au point que je pensais qu’il allait se briser dans mon tronc. Une étrange sensation me suffoqua de l’intérieur, comme si mon intérieur allait s’enflammer d’une seconde à l’autre. Et pourtant, même si tout dans mon corps me procurait une douleur horrible, j’appréciais ressentir cette béatitude. Cette compagnie qui me manquait tant.

— Je… je…

Quelle était ce sensation, au fin fond de moi ? Ce corps,si semblable au mien, ne me laissait guère indifférent. Je me sentais irrésistiblement attirer par ce que je voyais. Je voulu la toucher. Ressentir cette chaleur sur la peau. Entendre ce cœur battre à l’unisson avec le mien, dans un rythme endiablé. Je, à la différence de la dernière fois, pouvais bouger. Comme si la curiosité, au final, n’était pas malsaine : elle est instructive. Non surprise de me voir bouger, Prophétesse s’avança jusqu’à moins, en faisant rouler ces hanches. Elle laissa tomber ses amulettes, comme si je ne l’effrayais plus. Comme si je la captivais. Elle finit par arriver proche de moi ; très proche. Si proche que je pouvais sentir son souffle sur ma peau. Elle vint lentement approcher son visage près du mien et déposa sur ses lèvres sur les miennes. Puis, comme le Phoenix que j’étais, la nature humaine pris ses droits sur mon corps et mon esprit et je m’enflammais.

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