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HostageBillie Eilish
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PHOENIX - 4 : Humain



Partie 4 : Humain


Je brûlais de l’intérieur. Mes entrailles semblaient à deux doigts de s’enflammer spontanément. La chaleur se répandait dans tout mon corps ; une sensation enivrante me prit à la tête. Elle me tournait mais je n’avais jamais eu les idées claires et, plus que jamais, précises ! Je ne comprenais pas ce qui m’arrivait.

— Je… que se passe-t-il ?

Prophétesse n’eut pour seule réaction poser l’un de ses longs doigts fins sur ma bouche. Que faisait-elle ? M’intimait-elle le silence, à moi, une essence divine ? Que me voulait-elle ? Elle fit descendre son doigt le long de mon tronc : elle dégageait tout autant de chaleur que mon corps. Il ne s’agissait pas de l’action d’une de ses nombreuses amulettes. Étions-nous en train de rompre une règle divine, et que nous nous apprêtions à disparaître ? Une seconde d’hésitation me marqua à l’arrêt.

— Que se passe-t-il, ô Phoenix ? Ferais-je mal quelque chose ? Ne réponds-je peut-être pas à vos attentes ?

— Je me demandais juste quel sort divin pouvait nous tomber dessus. Comme si notre rencontre était interdite et notre rapprochement un manque de respect à Créateur. Après tout, vous n’êtes que des âmes de passage : je suis éternel.

— Toute création de notre Supérieur possède une mission à tenir, un rôle à jouer, un but à atteindre. Je sais que mon âme n’est pas alignée sur le même plan divin que tu peux être. Ce que je sais également, c’est qu’en revanche, nos corps sont tous deux, bien qu’éphémère, réels, concrets, charnels. Il est normal qu’un homme ressente ce que tu ressens pour une femme ?

— Homme ? Femme ? Pourriez-vous m’en dire plus ?

— Il existe deux types d’humain ; l’homme et la femme. L’homme se caractérise par un corps souvent plus massif que celui de la femme. Il peut avoir des poils sur son visage, que la femme ne possède pas. Il ne possède pas de poitrine et son entrejambe est accompagnée d’un sexe externe.

Je regardais plus minutieusement le corps que j’incarne : mes bras étaient plus longs, avaient plus de tonus que ceux de Prophétesse. J’étais également plus grand qu’elle.

— Où se situe la poitrine ?

Pour toute réponse, Prophétesse posa ses mains sur les protubérances qui saillaient hors de son tronc. Cela expliquait la raison pour laquelle j’étais différent d’elle ; j’incarnais un homme et elle, une femme. Deux individus qui se ressemblaient mais qui, pour autant, s’assemblaient parfaitement : la vie sur cette planète s’était vraiment bien développé : du stade de cellule unique, elle a su se métamorphoser et ainsi devenir un être vivant à part entière, avec un esprit ouvert. Oui, l’humain était une belle création.


Je devais trouver un moyen de retourner la voir. Alors que la chaleur qui consumait nos corps s’était apaisée, Prophétesse en profita pour m’enseigner le corps humain. Quelle chose fascinante était l’enseignement. Apprendre : j’avais adoré. De plus, ma curiosité s’en retrouvait comblée. J’en voulais plus ! Tout ce qui m’avait été appris pour cette femme… je savais que ce n’était que le début. Et j’étais prêt. Je le désirais mais sans corps, je ne ressentais rien. Le désir était là mais… vide. J’étais vide de toute chaleur, de toute douleur succulente dans mon estomac. Étais-je prêt à retourner sur ma planète ?

— Créateur, si seulement je pouvais avoir une petite indication sur vos plans…

Mais je me heurtai à nouveau face au silence cosmique. M’avait-il déserté ? Étais-je déjà seul dans l’Univers ? Si tel était le cas, je refusais de retrouver cette solitude. Je préférais disparaître que d’être isolé de nouveau ! Disparaître… J’étais persuadé qu’il existait de façon de disparaître, de partir à jamais. Je désirais que l’on extirpât cette immortalité qui me rendait fou. Cependant, ma rencontre avec Prophétesse ne pouvait se terminer si précocement. J’avais encore plein de choses à apprendre, à découvrir ! Mon visage ; une envie irrépressible de connaître les formes de mon visage me rongeait. J’étais décidé. Je savais à présent comment je pouvais arrêter cette triste solitude. Mais, le pouvais-je ? J’étais sûr de la compatibilité de mon essence au corps mortel dans lequel j’apprenais l’humain et son humanité.

— Si cela m’était vraiment interdit, vous auriez du me le dire, Créateur.

J’avais finalement pris ma décision. Il me restait juste à être joint par Prophétesse. Elle avait su me rassurer quant à l’immoralité que pouvait avoir ce choix. L’humain que je m’apprêtais à vider de son âme pour rester un mortel savait pertinemment les conséquences de cet acte. Il savait même que là était la destinée de son âme. Mon esprit, même au courant de ce point, avait pas mal tergiversé pendant quelques jours. Mais ma décision avait été prise. Je ne pouvais revenir en arrière : de toutes façons je savais que, de mes précédents actes, je pourrais prétendre à un repos éternel parmi d’autres Phoenix. Si tant était bien qu’il en existait d’autres.


Pour la première fois de mon éternité, je voyais une âme de près. Toujours reliée à son enveloppe charnelle, elle me tendit la main. Sans une hésitation, je lui empoignai et fus envoyé sur ma planète, dans le corps de cet homme. À l’instant même où je pris possession de cette chair, une fatalité me satisfaisant se profila dans mon esprit : celle que la fin est maintenant comptée. Cette idée me ravissait : combien de temps, exactement, avais-je de temps de vie restant ? Je ne savais pas et cela m’était bien égale, du moment que je pouvais apprendre. Aussi, mon envie de vivre se décuplait à l’intérieur de cet être vivant.

Une nouvelle échelle temporelle s’était imposé à moi ; une journée -nouveau terme de temps pour moi- durait quatre-vingt-six mille quatre cents secondes. C’était peu. Peu, mais largement suffisant.Je n’avais jamais considéré le temps. Pour moi, il passait comme si de rien n’était. Maintenant, de part ma nouvelle condition d’humain, j’existais. Pour moi. Et pour Prophétesse. Cette femme m’apprenait tant chaque jour ; je ne pouvais m’empêcher de ressentir un désir pour son érudition. Un plaisir mental. Et un plaisir charnel aussi. Pouvais-je apprécier une âme de par l’enveloppe charnelle qu’elle portait ? Pouvais-je en avoir le droit ? Heureusement, Prophétesse était toujours proche de moi pour me rappeler mon choix : celui de désobéir à ma mission céleste, de sacrifier mon immortalité. Ainsi, à ses cotés, j’avais appris la compassion, le cynisme, comment me nourrir correctement, vivre en communauté. Tellement de de nouvelles notions. L’amitié, également, était une émotion, une forme d’amour.


Ma nouvelle communauté était une des rares communauté à compter un humain comme Prophétesse dans sa population. Certains humains parcouraient parfois des kilomètres afin de venir quérir une voyance de Prophétesse. Je m’apprêtais à quitter le temple, quand Prophétesse me retint par l’épaule :

— Chaque âme possède un but. Nous étions fait pour nous rencontrer, Phoenix. J’apprécie tous les moments que je peux passer à tes cotés, pour t’enseigner l’humain. Mais il existe quelque chose que tu te dois de savoir et que tu ne peux apprendre que d’une manière, car là est ton destin, Phoenix.

— Apprendre ? S’il s’agit d’apprendre, je suis prêt à vous suivre, Prophétesse.

— Ta volonté d’apprendre est vraiment remarquable. Je ne peux en être qu’admirative !

Puis quelque chose de froid et dur me trancha dans le dos et s’infiltra dans tout l’arrière de mon corps. Je voulus prendre une respiration, mais je n’en étais plus capable. Je crachai : du sang. Alors que je pivotais la tête pour regarder Prophétesse, celle-ci fit un pas en arrière, entrant dans la pénombre.

— Tu es un Phoenix, ô Phoenix. L’être mythique qui possède le pouvoir de sceller ce monde. Alors tu te dois d’être expérimenté : car la mort est ton destin. Encore, encore et encore…

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