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HostageBillie Eilish
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PHOENIX - 5 : Réincarnation



Partie 5 : Réincarnation


— Non, non, non ! Je refuse !

Mais mes plaintes n’étaient que vaines. Mon essence était immortelle : mon corps, lui, ne l’était pas. Quand je me sentis quitter le corps humain que j’avais incarné, je vie Prophétesse commettre l’irréparable. Elle retourna son petit poignard contre elle, la lame au dessus de son cœur, et l’enfonça profondément. Je vis aussitôt son âme se déchirer de son enveloppe charnelle et s’envoler hors de la gravité de ma planète. Comme si des ailes entouraient mon essence, je filai à le plus vite possible à travers le cosmos pour rejoindre l’âme de Prophétesse. Pour l’attraper, avant qu’il ne soit trop tard. Pour trouver le chemin vers Créateur. Pour que nous fussions ensemble à jamais. Alors, comme par miracle, je réussis à la rattraper. Mais elle était comme aspirée par un fort vortex qui dévorait tout sur son passage. J’avais beau la tirer de toute mon énergie, je la sentais peu à peu me glisser entre les doigts.

— Je suis désolée…

L’âme de Prophétesse m’échappa totalement. Et en une fraction de seconde, elle n’était plus là. Plus là…


Depuis la disparition de Prophétesse, j’avais totalement délaissé ma planète. J’étais reparti en quête dans l’Univers afin de trouver d’autres son refuge, ou, à défaut, chercher des traces de compagnons similaires. Il s’était passé des millions de millions d’années depuis ma dernière errance : peut-être de nouvelles planètes à protéger étaient apparues ? Après une errance de quelques siècles, la réalité s’imposait à moi comme la véracité de la chose. J’étais un cas unique, un cas isolé… une erreur. C’était cela ; j’étais une erreur. Je ne pouvais me conformer à aucun des mondes : la vie d’immortelle est bien trop ennuyeuse et la vie mortelle bien trop douloureuse. Alors, en ayant fini mon errance, je retournai à ma planète.

— L’humain est-il toujours ainsi ?

L’humain était toujours le même : un être fascinant. En l’espace de quelques centaines d’années, la civilisation a été totalement bouleversée : des grands abris, comme à l’époque de Prophétesse, qui avaient l’air d’être plus solides, plus avancés, plus recherchés. Il y avait aussi des constructions au sein des communautés qui devaient être plus importantes que d’autres.

— Qui êtes-vous ? Et que voulez-vous à notre Univers ?

Cette voix. Je pouvais la reconnaître entre des milliers, non, des millions, des milliards. Cette mélodie enjôleuse m’avait manqué.

— C’est moi, Phoenix ! Vous souvenez-vous de moi, Prophétesse ?

— Je pense qu’il y a erreur sur la personne… Je suis Oracle ! Maintenant, qui êtes-vous et que nous voulez-vous ?

— Qui je suis, vous le savez. Ce que je vous veux ? À l’humain, rien du tout. Il n’est ni mon allié, ni mon ennemi. En revanche, je veux vous voir, Oracle.

— Pour quelles raisons ?

— Oseriez-vous remettre en cause les raisons d’une essence divine ?

J’avais été ferme, mais sans dégager de mauvaises intentions. Après tout, je n’en avais pas. Je désirais juste discuter. Y avait-il un mal à vouloir renouer le lien avec Prophétesse ? De lui demander des explications sur son acte ? N’avait-elle pas le droit à sa part d’intimité ?

— Oracle : j’attends !


Les retrouvailles terrestres furent amères. Pourquoi Prophétesse n’était-elle pas là ? Qui était cet humain, osant dérober ma Prophétesse ? Je tournai la tête afin d’apprivoiser mon nouvel environnement. Quel était donc cette sensation inverse à la chaleur ? En mon nouveau corps, j’avais une impression de vide, une espèce de solitude immense. Puis, derrière moi, une humaine. Une humain différente en tout point de Prophétesse ; cheveux jaunes, teint pâle, petite taille. Non, il n’y avait décidément pas l’ombre d’une ressemblance. Et pourtant, tout en moi me susurrait que mon essence était liée à son âme. Mais je me souvins alors de la blessure que pouvait provoquer ce genre de liaison. Je ne voulais plus souffrir. Alors, quand Oracle s’approcha de moi, je fis un pas en arrière, sur mes gardes :

— Restez à votre place, Oracle. Bien que je ne sois ni votre allié ni votre ennemi, veuillez restez à votre place de mortel.

— Je vous voir mal commettre une erreur. À vrai dire, vous pourriez bien devenir une nuisance pour nous, les humains. Je vous le redemande à nouveau, Phoenix : qu’êtes-vous et que nous voulez vous ?

— Je suis le gardien de votre planète. Une entité sans forme. En somme, je suis bien plus âgé que vous ne pouvez le penser. Bien plus nécessaire à cette planète que vous ne l’êtes.

— Une rancœur serait-elle la raison de votre distance avec l’humain ? Une blessure, dans le passé, qui n’arrive pas à guérir ?

Et à cet instant précis, je vis l’origine de la connexion entre l’entité que j’étais et l’âme d’Oracle. Comme si un fragment du futur m’avait été attribué. Ce n’était pas Oracle, en elle-même, qui m’intéressait véritablement.


Un peu plus de deux années s’étaient déroulées depuis ma réincarnation. J’avais su montrer pattes blanches et me constituer comme une entité saine devant toute une assemblée pour avoir l’accord de mon retour physique sur ma planète. Cependant, je ne trouvais que très peu de ressemblances entre le nouveau monde d’Oracle et l’ancien monde de Prophétesse. L’humain avait su aménager son environnement pour en bénéficier le maximum. Ainsi commençait ma troisième année de vie sur la planète. Au cours des derniers mois, le ventre d’Oracle s’était arrondi. Un bébé s’apprêtait à naître. Oracle m’avait donc informé sur les changements que notre vie allait subir : des nuits incomplètes, des pleurs intempestifs. Tout notre quotidien allait être bouleverser par ce nouvel humain. Mais grâce à Oracle, j’abordais ce changement plus serein que jamais : je me sentais prêt à assumer ce quotidien. J’en avais même hâte.

L’automne -un concept météorologique- était là. Et avec lui, le début de l’enfantement d’Oracle. Je me tenais à ses côtés. Elle serrait ma main d’une poigne de fer : la douleur devait être atroce. Elle hurlait entre chaque reprise de souffle. Puis, le soulagement se dessina sur son visage. Au même moment, des pleurs se firent entendre. Oracle allongée, je fus la première personne à qui fut confié cet enfant. Mon enfant. Ce petit être, qui, selon Oracle, devait bousculer toute ma vie, bouscula toutes mes émotions, tous mes sentiments. Comment était-il possible d’éprouver ce type d’amour ? Le petit humain gigotait dans mes bras, alors je dus raffermir ma poigne sans pour autant le blesser. Dorénavant, tout allait être comme cet instant : un pur équilibre entre fermeté et douceur. Alors que je la tenais dans mes mains, le fragment d’avenir entrevu lors de ma réincarnation revint à ma conscience : cet enfant possédera un grand pouvoir. Comme sa mère. Comme son père. Comme Prophétesse. Cet enfant descendait d’une essence divine et d’une voyante.

Augure fut le prénom de cet enfant.

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